10 December 2013

Bâle (Suisse), en vert et contre... toit !

Pour les environnementalistes, en général, et les juristes de l’environnement, en particulier, Bâle est la ville où fut signée la convention éponyme encadrant les exportations et l’élimination de déchets dangereux. En matière d’urbanisme, la troisième ville de Suisse est surtout connue pour ses… toits.

Depuis 2001, la municipalité oblige les propriétaires à végétaliser les toitures de leurs immeubles, qu’ils abritent des logements, des bureaux ou des commerces. Et la réglementation est appliquée.

D’ores et déjà, un toit sur quatre s’est mis au vert. « Un record mondial », affirment les experts suisses. En 2020, un toit bâlois sur trois aura été planté.


La pose d’un tapis (voire plus) végétal n’a pas seulement un intérêt esthétique. Il constitue l’un des principaux outils d’adaptation des villes aux changements climatiques. Tapisser une toiture plane (voire un mur) d’une couche de végétaux et de substrat pouvant atteindre les 30 cm améliore sensiblement l’isolation du bâtiment.

Pas inintéressant, si l’on se souvient qu’en été la température d’un toit-terrasse badigeonné au bitume peut atteindre 80 °C. Ce qui fera monter de 3 °C la température ambiante de l’espace situé en-dessous. Verdie, une toiture plane ne réchauffe pas en été et ne refroidit pas en hiver les étages inférieurs. De plus, en dérobant le toit aux rayons UV du soleil, le parterre fleuri accroît considérablement sa durée de vie.


Comme tous les végétaux, ce tapis de mousse et de sédums (le plus souvent) boit. Ce faisant, il absorbe de grands volumes d’eau pluviale. Stockée, cette eau est relâchée sous formes gazeuse (évapotranspiration) et liquide, mais avec un effet retard. Résultat : plus les surfaces végétalisées sont importantes, moins les égouts risquent de déborder en cas de fortes pluies. Ce que les autorités municipales de Malmö en Suède ont, elles aussi, bien compris : en doublant le nombre de toitures vertes, les services de l’urbanisme de la troisième ville de Suède ont diminué de moitié le ruissellement incontrôlé des eaux de pluie.

Développer l’évapotranspiration des toits, c’est aussi brumiser la ville, en quelque sorte, et la rafraîchir durant les heures les plus chaudes.

Article paru dans la "Lettre à GES" de novembre 2013.

Emmanuelle


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28 October 2013

Chauffage et refroidissement : bien investir au bureau

Le système de chauffage à eau chaude est porteur d’utilisation d’énergies renouvelables : bois, biogaz, géothermie, solaire thermique, biocombustibles. En tant que système évolutif, il permet d’intégrer des solutions performantes au fur et à mesure et d’améliorer la performance énergétique.

La boucle à eau chaude est un système performant avec des réductions d’émissions de CO2 directement proportionnelles aux économies d’énergie. L’intégration d’un capteur solaire dans le système de la boucle à eau chaude permet d’obtenir 30% d’économie de CO2, alors que l’utilisation d’une pompe à chaleur réduit de 50% les émissions de CO2.

Les réseaux de chauffage urbain à eau chaude constituent un excellent vecteur pour les énergies renouvelables. Ils utilisent déjà plus de 20% d’énergies renouvelables pour chauffer 3 millions d’équivalents habitants et génèrent plus de 32% de la chaleur distribuée à partir de la cogénération.


Identifiant les solutions de travaux les plus performantes du point de vue de la faisabilité technique, économique et de l’excellence environnementale, l’étude menée par Energies et Avenir démontre le potentiel de la modernisation du système de chauffage/refroidissement pour atteindre des gains énergétiques significatifs d’environ 50 %.

Hervé THELINGE, président d’Energies et Avenir, déclare que " comme cela a pu être constaté dans l’analyse du secteur résidentiel, cette étude souligne la nécessité de favoriser des actions d’amélioration de la performance énergétique du parc tertiaire séquencées et ordonnées. A l’inverse des rénovations lourdes, dont le temps de retour sur investissement est long, Energies et Avenir attire l’attention des décideurs sur la pertinence de privilégier un phasage des travaux “BBC compatibles”. Ce phasage permet de réduire le coût des investissements initiaux tout en générant des économies financières et énergétiques importantes et pérennes dès les premières étapes.

En d’autres termes, il s’agit de faire le choix de la complémentarité et de la hiérarchisation des solutions, n’obérant pas la réalisation de travaux futurs sur l’enveloppe, indispensables pour réussir la transition énergétique."

Etude à prendre en compte donc avant de rénover son bâtiment tertiaire.

Christophe


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7 October 2013

Eau et construction(s) durable(s)

Une fois n'est pas coutume, nous mettons en avant le site du ministère de l'écologie et les principaux liens en rapport avec cette (très) précieuse ressource qui assure notre survie.

L’eau fait partie de notre patrimoine et, comme pour les ressources énergétiques, la préservation et la mise en valeur de l'eau doivent être améliorer pour servir l’intérêt général et donc, les générations à venir.

Dans la construction, la marge de progrès est immense pour améliorer les techniques de construction, l’assainissement des eaux usées ou encore de la gestion des eaux pluviales.


Dossier Eaux et biodiversité : http://bit.ly/YFzHwj

La récupération des eaux de pluie, leur usage à l’intérieur et à l’extérieur des bâtiments : http://bit.ly/17bza9c

Publication « Systèmes d’utilisation de l’eau de pluie dans le bâtiment : règles et bonnes pratiques à l’attention des installateurs » : http://bit.ly/16t5RCx

Bonne riposte,

Valéry


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30 September 2013

Transport maritime, entre globalisation et DD

Des navires de tous types assurent le transport d’environ 90 % des marchandises produites et consommées sur notre planète : pétroliers, porte-conteneurs, vraquiers, cargos polyvalents, navires spécialisés (transport de colis lourds, de voitures, porte barges), sans oublier des car-ferries et des navires de croisière...

Ainsi, plus de six milliards de tonnes, un chiffre qui a pratiquement explosé depuis 2003, de marchandises sont transportées tous les ans par voie maritime et 43 millions de barils, sur une demande quotidienne d’environ 80 millions, font l’objet chaque jour d’échanges internationaux par voie maritime.  La mer tient, ainsi, une place prépondérante dans la globalisation. En cela, notre période s’inscrit dans une continuité, un mouvement de globalisation qui prend sa source dans la période des empires anciens et ne fait que se poursuivre de nos jours.


Cette activité cruciale pour le commerce mondial assure des revenus pour les pays producteurs de matières premières et produits manufacturés et approvisionne les pays consommateurs de ces mêmes matières et produits. Des impacts socio-économiques évidents mais aussi des impacts environnementaux qui ne peuvent pas passer inaperçus. Il est vrai, et ce contrairement à ce que l’on peut penser, que la pollution maritime n’est pas le seul fait de cette flotte colossale qui sillonnent les mers et autres voies navigables. En effet, 77 % de la pollution maritime est d’origine terrestre : rejets d’eaux souillées dans les rivières, émissions atmosphériques de l’industrie qui se retrouvent, à travers les précipitations, dans le milieu marin (3 millions de tonnes d’hydrocarbures se répandent annuellement dans les mers). Les Nations Unies estiment la part du transport maritime à moins de 10 % de la pollution maritime globale.

Toutefois les catastrophes maritimes et les déversements, notamment des hydrocarbures, qui s’en suivent continuent à coller à ce secteur une image de grand pollueur. En effet, les hydrocarbures rejetés dans les océans dans le cadre de naufrages ou de dégazage provoquent des pollutions graves des mers et océans, responsables de catastrophes environnementales. Les nombreuses marées noires provoquées par des naufrages de pétroliers ont eu des répercussions graves sur la faune et la flore marine et côtière. L’Organisation Maritime Mondiale (OMI) a réagi à chaque fois en renforçant d’avantage la réglementation régissant la construction des navires et celle relative à leur exploitation. Aujourd’hui, la plus part des pollutions accidentelles sont le fait d’erreurs humaines, les critères et les règles de qualification des marins et de gestion des opérations à bord des navires sont au centre de l’intérêt de l’OMI qui ne cesse de les renforcer.

Sur le plan de la pollution atmosphérique, le transport maritime est l’un des modes les moins polluants. Il est même moins polluant que le transport routier comme le montre le graphique de l’OCDE ci après :

Sur un autre plan, celui de l’efficience économique de ce mode de transport, le transport maritime est celui qui consomme le moins de carburant. En le comparant au transport ferroviaire et au transport routier, force est de constater que le transport maritime permet de transporter une tonne de marchandises beaucoup plus loin par litre de carburant consommé. La conception de la coque d’un navire fait que l’efficacité est d’ailleurs d’autant plus grande quand un navire est chargé à pleine capacité.


De plus, l’économie de carburant est aussi un élément clé du rendement avantageux du transport maritime sur le plan des émissions de gaz à effet de serre. Alors que nous sommes confrontés au défi de réduire notre bilan carbone et d’abaisser chaque année la quantité de gaz à effet de serre émis, le mode maritime offre une occasion unique grâce à son économie de carburant supérieure.


Malgré ces performances, les industriels du secteur, constructeurs et armateurs, ont cherché, depuis 15 ans, à réduire d’avantage l’impact environnemental du transport maritime tout en améliorant son coût économique. Ainsi, les industriels du secteur sont déterminés à réduire les émissions de CO2 par tonne transportée de 15 à 20 % entre 2012 et 2025 grâce à une combinaison d’améliorations technologiques et opérationnelles : navires plus grands, réduction de la vitesse des navires, amélioration technique dans la conception des navires (coque, moteur, hélice, récupération d’énergie), recours à des sources alternatives (gaz naturel liquéfié et biocarburants).
En parallèle avec ces efforts, des discussions sont particulièrement actives dans le contexte des conférences des Nations Unies sur le changement climatique (Copenhague, Durban,…) et qui cherchent à définir un nouveau système post-protocole de Kyoto.

Dernièrement, l’OMI est parvenu au vote en faveur de la mise en place d’instruments de mesure incitatifs à la réduction des émissions de CO2 à savoir « l’index d’efficacité énergétique des navires neufs », un indice comparable à celui qui existe pour mesurer les émissions des automobiles ou encore le « Ship Energy Efficiency Management Plan » permettant une réduction de consommation des carburants (par exemple, meilleure gestion de la vitesse, routage météo).

Enfin, la mise en place d’un instrument de marché dont les caractéristiques seraient appliquées mondialement au transport maritime devrait encourager la réduction des émissions de CO2. Cela peut consister en un système de droits d’émissions (ETS) tel que cela existe actuellement pour les industries terrestres sous forme de « taxe carbone ». Ces instruments doivent permettre de constituer un fonds international destiné à réduire les émissions de CO2 (recherche technique et environnementale et soutien aux pays émergents).

Nous ne terminerons pas cette revue sans parler d’un autre maillon clé du transport maritime à savoir le maillon portuaire. De plus en plus de ports évaluent l’empreinte carbone du passage portuaire dans leurs installations, un état zéro qui leur permet d’évaluer l’efficacité environnementale des actions d’amélioration menées par les différents acteurs du passage portuaire (gestionnaires portuaires, armateurs, manutentionnaires, pilotage, remorquage, lamanage).  Des ports comme Marseille, Fos, Valence, Algésiras, Livourne, Koper, l ou encore le Pirée, sont très engagés dans cette démarche. Le port de Tanger Med leur emboitera certainement le pas non seulement pour les raisons environnementales sus mentionnées mais aussi pour maintenir son attractivité. Partout en Afrique, ce mouvement s’accélérera d’avantage dans les années à venir.

En guise de conclusion, je pense qu’il est indispensable de concilier entre ces activités, indéniablement créatrices de richesses, et les impératifs propres au développement durable. Le transport maritime, vecteur de la mondialisation et du développement des échanges entre les nations, se trouve ainsi et par essence au cœur de la logique de développement durable.

Le monde a encore besoin de plus de navires pour accompagner le développement des diverses régions dont l’Afrique qui devient une source de premier rang de matières premières. Ces navires et toutes les activités qu’ils engendrent à bord et à terre doivent être opérés dans le strict respect des règles environnementales et sans porter atteinte aux autres richesses des mers africaines qui nourrissent des millions de populations. Si les trois intérêts en présence, économique, social et environnemental, peuvent facilement diverger, des efforts importants doivent être réalisés pour tendre vers leur développement harmonieux et commun. Une responsabilité qui revient aux décideurs Africains garants de ces intérêts pour les générations présentes et les générations futures.

Article paru initialement sur le blog Performance Globale.

1 September 2013

The Geysers : le cœur géothermique de la californie

C'est l'un des plus grands champs géothermique au monde et des plus anciens. Situé en Californie, « The Geysers » fournit en électricité 750.000 foyers de l'Etat, soit l'équivalent de San Francisco. Surexploité dans les années 1980, ce champ a su multiplier les innovations technologiques pour assurer sa survie.


A quelques 200 km au nord de San Francisco, dans la région californienne plus connue pour sa production vinicole, des entrelacs de tuyaux métalliques sans fin zigzaguent soudain sur les flancs de la chaîne de montagne Mayacamas. Nous sommes à Middletown, au cœur d’un des plus grands et des plus anciens champs de géothermie du monde : The Geysers. Géré par deux opérateurs : l’un privé, la Calpine Coporation, qui possède 15 des 17 unités de production du champ, et l’autre public, la  Northern California Power Agency (NCPA), le site construit dans les années 60 s’étend sur près de 80 km². Aujourd’hui, les Geysers produisent ainsi 5% de l’énergie californienne en fournissant en électricité 750 000 foyers (l’équivalent de San Francisco) et compte pour 21% des énergies renouvelables de la région.

«Dans cette zone, constituée de roches métamorphiques, recristallisées, fracturées, le réservoir est très chaud (450°c). Au-dessus de celui-ci, une couche imperméable piège la vapeur qui se déplace à la faveur des fractures. Mais impossible, avant d’avoir foré, de savoir où ces fractures se trouvent exactement », explique Bob Young, géologue et responsable de l’une des unités de production de la Calpine. Aux Geysers, la vapeur est captée à une profondeur comprise entre 1 200 et 2 300 m. Le forage le plus profond atteint 3 800 m. Comme cette vapeur est sèche, elle fait directement tourner les turbines du générateur. Puis elle est refroidie avant d’être réinjectée dans le réservoir.

«Dans les années 1980 les différents exploitants du champ géothermique ont commencé une course à la vapeur, tous pensant que les ressources étaient inépuisables », explique Bob Young. A raison d’une exploitation non-stop de cette énergie propre et constante, le réservoir a été surexploité et la production a chuté de 13% à la fin des années 80. C’est à ce moment là que l’idée de réintroduire des eaux usées a germé. Une première mondiale. Deux canalisations ont donc été construites pour acheminer les eaux usées du Comté de Lake et de la ville de Santa Rosa vers les montagnes. Le premier pipeline de 64 km de long a été achevé en 1997 et distribue actuellement 34.000 m3/an d’effluents. Le second, opérationnel depuis 2003, est celui de la ville de Santa Rosa et fait 68 km. Il fournit 42.000 m3/an d’eau traitée, sans bactérie.


Des problèmes de sismicité

Aujourd’hui la puissance des Geysers est de 1 000 MW. Et grâce à la réinjection de cette eau, la baisse de production a été limitée à 1% par an. « Le réservoir est toujours très chaud », insiste Bob Young. Il est donc difficile de prédire la fin de l’exploitation du champ. « Ce qui est sûr c’est que je ne le verrai pas de mon vivant », affirme le géologue.

Mais pomper de la vapeur souterraine, réinjecter de l’eau froide n’est pas sans effet sur la montagne. Cela provoque de petits tremblements de terre, dont le nombre a augmenté depuis la réinjection des eaux usées. Le phénomène est connu sous le nom de séismicité induite. Selon Bob Young, les séismes se limitent à une magnitude de 2 à 3 sur l’échelle de Richter. «Nous avons enregistrés trois évènements supérieurs à 2,5 dans les 6 derniers mois ». Ce qui n’est pas sans causer de  problèmes de voisinage avec Andersen Spring et Cobb Mountain, les deux villages les plus proches du champ. Ceux-ci se règlent au sein du comité de surveillance de la séismicité (Seismic Advisory Comity) où les deux opérateurs siègent. Mais de toutes façons, pour le Lawrence Berkeley National Laboratory, le laboratoire chargé d’enregistrer les séismes en temps réel, « avec trois détecteurs de mouvements et 13 séismographes  implantés sur le site, la zone est certainement la plus surveillée au monde 



Terre d’expérimentation de l’EGS

Aux Geysers, la Calpine teste actuellement une autre technique, considérée comme extrêmement prometteuse lorsque le réservoir n’est pas assez perméable ou manque de fluides par exemple: l’EGS ou l’Enhanced Geothermal System. Cette technique de géothermie stimulée « qui vise à connecter le réservoir principal aux zones complémentaires » permet «de faire de la géothermie là où on a de chaleur mais pas les débits», explique Romain Vernier, du BRGM (bureau de recherches géologiques et minières).

Une solution perçue comme presque miraculeuse dans cette région qui ne manque pas de chaleur mais d’eau. Une récente étude du MIT montre ainsi que l’EGS permettrait d’atteindre d’ici 2050 une capacité de production de 100 000 MW aux Etats-Unis. Mais la première production d’énergie par ce biais n’a été réalisée qu’en avril 2013, au Nevada, sur le site de Desert Peak, où la société Ormat a annoncé avoir produit pour la première fois 1,7 MW par EGS sur son site de géothermie profonde. En France, l’expérience a également été tentée à Soultz-Sous-Forêts mais cette fois pour améliorer la perméabilité du sous-sol.

Article de Geneviève Lacour pour Novethic

Patrice
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26 August 2013

Développer les ports en protégeant la biodiversité : équation insoluble ?

A l'heure où le ministre des transports entend mettre en œuvre la stratégie de relance portuaire afin d'accentuer la "compétitivité" des ports français dans le commerce international, comment protéger la biodiversité des littoraux ?

Le porte-conteneur est l'emblème de la mondialisation des marchandises, et les grands ports de la planète rivalisent pour capter le trafic. Dans ce contexte de mobilité et d'interdépendance, la France est la cinquième puissance portuaire européenne, avec plus de 360 millions de tonnes de fret et 30 millions de passagers. Son espace maritime est le deuxième au monde, derrière celui des États-Unis, avec 11 millions de km2. Le foncier des grands ports maritimes français est estimé à 35.000 hectares avec Marseille et Le Havre placés aux cinquième et sixième rangs européens en volume total de marchandises traitées. L'ensemble de l'activité maritime (flotte, ports, pêche, industrie navale, État, recherche, etc.), en dehors du tourisme littoral, génère plus de 300.000 emplois directs dans les bassins locaux.

Pour renforcer leurs atouts face à la concurrence, les ports français cherchent à devenir des "architectes" de solutions logistiques maritimes et terrestres, sur un arrière-pays projeté à l'échelle européenne. Ils entendent devenir des acteurs de la mise en place de chaînes de transports et se veulent investis d'un nouveau rôle fondé sur une approche intégrée d'aménageur et de gestionnaire de leurs espaces dans toutes leurs composantes : industrialo-portuaires, naturelles, urbaines, en liaison avec les territoires sur lesquels ils s'adossent. Les cités portuaires ont aussi des responsabilités spécifiques vis-à-vis de leurs espaces naturels, et cherchent à les intégrer dans leur stratégie d'aménagement.



Conserver les habitats

Certaines villes portuaires élaborent ainsi des outils d'aménagement du territoire pour identifier des corridors écologiques et des nœuds de biodiversité (trames vertes et bleues), faciliter l'interaction entre la ville et le port et traduire les objectifs du port en matière de développement durable avant de les décliner dans des actions concrètes, à l'image des schémas réalisés à Dunkerque, à Marseille et conjointement par Le Havre et Rouen, afin de gérer sur le long terme les espaces naturels. Sur le port de Dunkerque, des mesures de protection foncière et de conservation des habitats dunaires ont été entreprises, ainsi que des mesures conservatoires des zones humides.

C'est ainsi que le port de Dunkerque s'engage à conserver et gérer 1.290 hectares d'espaces dédiés à la conservation de la biodiversité dans le cadre de son programme d'aménagement à long terme. Cela représente 43% des 3.000 hectares de surface restant disponibles aux aménagements et un engagement financier de 9,7 millions d'euros étalé sur 30 ans.

Deux principaux axes ont été définis : d'une part, conserver les milieux naturels, d'autre part, restaurer et développer la diversité des espèces. Des noyaux de biodiversité seront répartis sur le territoire, soit en raison de leur biodiversité élevée à conserver, soit parce qu'ils sont dégradés et ont vocation à être recréés. Exemples : la conservation des habitats des sternes et des amphibiens, la recréation de dépressions humides dunaires, la renaturation de digues, ou bien des mesures agro-environnementales visant à remplacer des zones d'agriculture intensive par des pâturages et des espaces naturels. Le point de départ de ces orientations a été le lancement d'un inventaire du patrimoine naturel depuis mars 2011, dans le cadre du Schéma directeur du patrimoine naturel (SDPN), qui a vocation à constituer la trame de référence des réseaux biologiques régionaux du Nord-Pas-de-Calais.



Anticiper plutôt que compenser

Dunkerque-Port est allé jusqu'à calculer la valeur de la conservation des écosystèmes à travers un indice d'intérêt écologique global. Le territoire a été découpé en unités homogènes auxquelles ont été affectées des notes pour différents facteurs écologiques : habitats naturels, flore, faune, présence d'espèces protégées. Cet indice global cherche à traduire en une seule valeur la qualité écologique des espaces portuaires. Il permet de cartographier les zones portuaires à fort coefficient écologique, faisant ainsi apparaître des zones contrastées, comme les bassins et les avants-ports, qui jouent un rôle de réserve pour les poissons et de refuge pour les oiseaux, au milieu d'un environnement fortement artificialisé. L'objectif est de rapporter cet indice de biodiversité aux aménagements prévus, qui permettra d'estimer l'emprise des espaces conservés et potentiellement détruits.

Pour Syvain Pioch, les villes portuaires pourraient avoir pour mission d'aménager et de "gérer" l'environnement. "Un nouveau modèle est à développer", a souligné ce maître de conférence à l'Université Montpellier 3, lors d'un débat sur la biodiversité dans les ports, organisé à Dunkerque par l'organisme de formation Ideal Connaissances le 28 mai : développer l'éco-conception maritime en anticipant les effets des infrastructures, et en les intégrant aux écosystèmes, par exemple en préservant les nourriceries côtières de poissons juvéniles.

Car estimer le coût d'une compensation reste délicat, mieux vaut développer des infrastructures éco-conçues, selon Sylvain Pioch, qui souligne qu'il existe dans le monde pas moins d'une quarantaine de méthode d'estimation de la "valeur" écologique d'un territoire. Quant à la compensation d'espèces ou de fonctions écologiques, elle suppose, outre la monétarisation de la nature ainsi réduite à un flux de services, que les ressources et les espèces soient réversibles et substituables, et que les services écosystémiques soient infiniment renouvelables. Si un bar pêché en Atlantique a pour valeur 25€ le kilogramme, payer la compensation de sa perte n'aura une répercussion que relative sur le milieu naturel.

Article d'Agnès Sinaï pour Actu-environnement

Natacha

Association Riposte Verte

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19 August 2013

UE : Léger progrès du traitement des eaux urbaines

Le septième rapport sur la mise en oeuvre de la Directive sur les eaux urbaines résiduaires constate une amélioration de la situation européenne par rapport au précédent rapport. De grandes disparités persistent toujours selon les pays.

"Je suis soulagé de constater l'amélioration de la situation", a souligné Janez Potočnik, membre de la Commission européenne chargé de l'environnement, lors de la publication du septième rapport sur la mise en oeuvre de la Directive sur les eaux urbaines résiduaires (DERU). Ce dernier montre que 91% des grandes villes de l'Union européenne ont mis en oeuvre un traitement de leurs eaux usées conforme à la réglementation européenne pour la période 2009-2010 contre 77% en 2007-2008.
Toutefois 16 capitales sur 27 n'ont toujours pas mis en place un système adéquat de collecte et de traitement.

Concernant la collecte, 94% des Etats membres semblent être dans les règles, selon la Commission.
En Bulgarie, Slovénie, Estonie, Lettonie et à Chypre, les taux de conformité restent toutefois inférieurs à 30%.

Dans l'UE-15, les traitements biologiques secondaires des eaux usées correspondent aux demandes de la Directive à 90-100% selon les pays. En revanche, dans l'UE-12, le taux de conformité plafonne à 39% en moyenne.

77% des Etats-membres s'efforcent de lutter contre l'eutrophisation et les bactéries pathogènes pour l'homme suivant les normes européennes. L'Autriche, l'Allemagne, la Grèce et la Finlande font figure de bons élèves avec des taux de conformité de 100%. En revanche l'UE-12 présente un taux de conformité assez faible (14%).

Au final cependant, la diminution des rejets d'eaux usées non traitées dans l'environnement aurait permis, selon le rapport d'améliorer la qualité des eaux de baignade.



Une aide européenne de 9,7 milliards d'euros en 2010

Le Fonds de cohésion et le Fonds européen de développement régional aide financièrement la mise en oeuvre de la directive. En 2009, 3,5 milliards d'euros ont été alloués à des projets d'infrastructure de traitement des eaux usées, et 9,7 milliards d'euros en 2010. Les principaux bénéficiaires sont la Pologne (3,3 Md€), la Roumanie (1,2 Md€), et la Hongrie (600 Md€).

"Les taux de conformité étaient plus élevés dès lors que les coûts étaient récupérés et que le principe du pollueur-payeur avait été mis en oeuvre", note le rapport.

Des délais ont été accordés aux États membres de l'UE-12 jusqu'en 2018. Des procédures d'infraction à l'encontre de dix États membres sont toujours en cours.

Selon la Commission, les taux de conformité de la France à la Directive seraient de 96% pour la collecte, 84% pour le traitement biologique des eaux usées et 87% pour les mesures complémentaires.

Sur le terrain, la France ne se distingue toutefois pas en la matière : sous la menace d'une astreinte de 150 millions d'euros pour la non conformité de ses stations, elle a initié un plan d'action national. En 2011, Nathalie Kosciusko-Morizet avait situé l'achèvement des travaux de mise aux normes pour les cinq dernières step fin 2013. Ce délai pourrait être tenu, selon l'actuel gouvernement.


Une révision contestée

Dernièrement, la France a révisé son système de contrôle de la collecte des eaux usées et des step (révision de l'arrêté du 22 juin 2007), toujours dans l'optique de répondre aux demandes européennes. Les modifications apportées ne font cependant pas l'unanimité. En cause notamment, la définition du débit de référence.

"En maintenant ce critère, dans quelques années, malgré de gros investissements pour respecter la DERU, la Commission pourrait attaquer la France pour non-respect de la Directive cadre sur l'eau", avait mis en garde Bernard Chocat, professeur émérite de l'Insa de Lyon, lors de la journée d'échange du 21 mars du groupe de recherche Rhône-Alpes sur les infrastructures et l'eau (Graie).

Le projet d'arrêté aurait dû entrer en vigueur début juillet. L'absence de consensus à l'issue de la consultation publique (qui s'est terminée le 14 juin)  a reporté sa mise en application et ouvert de nouveaux travaux.

Article de Dorothée Laperche pour Actu-Environnement

Association Riposte Verte

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12 August 2013

Comment marche la production d’eau chaude sanitaire ?

Production d'eau chaude

L’eau chaude qui alimente les équipements sanitaires et les éviers est un élément important du confort. Les installations de production d’eau chaude sanitaire (ECS) doivent assurer une fourniture suffisante d’eau à une température adaptée malgré des puisages intermittents ou ponctuels importants dus à plusieurs utilisations simultanées. Des systèmes à accumulation permettent de chauffer l’eau aux heures creuses, généralement la nuit en raison du moindre coût de l’électricité.

Production d’eau chaude

Trois modes de production d’eau chaude sont distingués :
- la production instantanée (a) qui réchauffe l’eau à la demande (passage dans un serpentin porté à haute température) ;
- la production par accumulation où le chauffage de l’eau est assuré indépendamment du puisage (b). Le temps de chauffage aux heures creuses durant lesquelles l’électricité coûte moins cher est généralement long (4 à 6 h) ;
- la production par semi-accumulation qui met en oeuvre un réservoir tampon constituant une réserve d’eau chaude, alimenté par le système de chauffe dès que la température de l’eau baisse lors du puisage.

Un système de production d’eau chaude sanitaire peut utiliser le gaz, le fuel ou l’électricité. Il peut être également couplé à un chauffage central.


a) Chauffe-eau instantané à gaz



b) Ballon électrique à accumulation

Bloc de sécurité

Le bloc de sécurité (a), installé sur l’alimentation en eau froide d’un ballon électrique, assure quatre rôles :
- il protège le ballon contre les excès de pression en cas de surchauffe accidentelle grâce à une soupape de sécurité réglée à 7 bars (b) ;
- il isole le ballon électrique du circuit d’alimentation en eau froide au moyen d’un robinet d’arrêt intégré ;
- il évite le retour de l’eau chaude dans le circuit d’alimentation en eau froide au moyen d’un clapet antiretour dès que la pression dans le ballon devient supérieure à celle du circuit d’alimentation en eau froide ;
- il permet la vidange du ballon au moyen d’une soupape de sûreté qui peut être actionnée manuellement.


a) Bloc de sécurité



b) Détail du système de sécurité

Raccordement d’un ballon électrique à accumulation 

Le raccordement hydraulique d’un ballon électrique à accumulation est assuré par :
- une canalisation d’arrivée d’eau froide sur laquelle est placé un groupe de sécurité ;
- une canalisation d’évacuation des eaux usées raccordée au groupe de sécurité ;
- une canalisation de départ d’eau chaude vers l’installation sanitaire.
Le circuit d’alimentation électrique doit comporter un dispositif de mise sous tension en heures
creuses, être protégé par un disjoncteur différentiel de 30 mA et un coupe-circuit fusible ou un disjoncteur modulaire adapté.


Schéma de raccordement

Chauffe-eau solaire

Un équipement de chauffe-eau solaire comprend des capteurs solaires, inclinés entre 30 et 60 ° et orientés au sud (a). Ce système est constitué d’un coffre rigide et vitré dans lequel une plaque et des tubes métalliques noirs absorbent le rayonnement solaire pour chauffer un liquide caloporteur.
Ces tubes peuvent être disposés en serpentin ou en grille (b). L’équipement fournit de l’eau chaude par le biais d’un ballon de stockage et d’un chauffe-eau d’appoint (électrique ou au gaz) (c). Un système combiné produit à la fois l’eau chaude sanitaire et l’eau chaude pour le chauffage (d).


a) Capteur solaire plan à circulation de liquide


b) Tubes absorbeurs


c) Chauffe-eau solaire



d) Système solaire combiné

Cette technique est extraite de l’ouvrage " La Construction : comment ça marche ? " de U. Bouteveille, édité aux Éditions du Moniteur. Vous pouvez vous le procurez en cliquant  ici

Article paru sur LeMoniteur.fr

Patrice

Association Riposte Verte

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5 August 2013

UE : Produire des biocarburants à partir des eaux usées

Après les reproches environnementaux entraînés par l’utilisation de biocarburant à base de culture alimentaire, l’Europe soutient l’utilisation d’une nouvelle génération d’agrocarburant : les algues. En conséquence, un récent projet espagnol, All-Gas, utilise un système d’eaux usées afin d’obtenir un biocarburant à base d’algues. Le projet All-Gas est le premier du genre à être porté à une aussi grande échelle de production. L’avenir du biocarburant est-il réellement dans les eaux usées 

Installé depuis 2011 dans une grande usine de 200 m² dans le sud de l'Espagne, le projet All-Gas consiste à transformer les eaux usées en biocarburant.

Comment marche le biocarburant ? 

Le principe est plutôt simple : les responsables ont utilisé une technique naturelle d’épuration des eaux : le lagunage. C'est-à-dire que les micro-algues se développent par photosynthèse (par addition de lumière naturelle et de nutriments) dans de grands bassins d’épuration.
Comme l’explique au Monde Frank Rogalla, responsable du programme, pour obtenir une eau naturelle purifiée, il ne reste plus qu’à ajouter du dioxyde de carbone qui, au contact des algues, va se transformer en oxygène et aider à la prolifération de bactéries qui dégraderont la matière organique.
Les micro-algues - ainsi qu’une faible quantité de matière organique - subissent ensuite une revalorisation énergétique avant d’être récoltées puis transférées dans des digesteurs dans lesquels elles produiront du biogaz composé surtout de méthane.

Une nouvelle génération de biocarburants à base d’algues
Actuellement, les agrocarburants utilisés proviennent de récoltes de colza, de soja, de maïs, de palmiers à huile, et ils comportent quelques inconvénients. D’une part, ils nécessitent beaucoup d’espace et sont, par conséquent, en concurrence directe avec les terres destinées aux cultures vivrières. De l’autre, leur bilan carbone n’est pas en leur faveur (augmentation du gaz à effet de serre, pollution de l’air, déforestation…).

Ces raisons font que la Commission européenne soutient la production d’algues en tant que nouvelle génération de biocarburant, la première étant nocive pour l’alimentation.

Et bien que la troisième génération d’agrocarburant (ceux à base d’algues) ait besoin de beaucoup d’énergie pour son développement (brassage, récolte et revalorisation), le projet All-Gas génère quelques gains d’énergie. En effet, le méthane produit est plus simple à extraire, contrairement à d’autres biogazs (biodiesel, bioethanol). Pour finir, le système de lagunage par les eaux usées d’All-Gas nécessite un faible espace et permet de traiter près de la moitié des eaux usées de Chiclana de la Frontara, la ville qui accueille l’usine. Ce qui a pour conséquence d’amortir le coût de production du biocarburant.

Car en effet, si les micro-algues sont plus simples à produire, elles ne semblent pas rentables pour autant. Comme le rapporte Le Monde, une PME française, Naskeo Environnment, avait déjà tenté l’expérience de produire du méthane à partir de micro-algues et d’eaux usées. Résultat : une tonne d’algues coûterait entre 60 et 90 euros, ce qui est quatre fois plus cher que le maïs.


Un projet viable d’ici 2020 ?

Si le projet date de 2011, ses premiers résultats viennent tout juste de voir le jour, et les responsables restent confiants malgré les six kilos d’algues récoltés par jour. Ils ont bon espoir de produire 100 tonnes d’algues par hectares d’ici 2016, ce qui permettrait de produire près de 450 tonnes de méthane par an. Et même si encore aujourd’hui quelque soucis de productivité subsistent, le projet à grande échelle devrait voir le jour d’ici 2020.

Afin d’encourager l’usage de cette nouvelle génération d’agrocarburant, l’Europe a entrepris des mesures politiques en juillet dernier, en plus du soutien financier de 60 % qu’elle a apporté au projet All Gas (soit 12 millions d’euros). D’une part, l’utilisation des agrocarburants de nature agroalimentaire (blé, colza, maïs…) dans les transports est plafonnée à 5,5 % jusqu’en 2020. À l’inverse, la Commission Environnement du Parlement Européen promeut les agrocarburants à base d’algues en fixant un objectif de 2 %.

Publié sur Pratique.fr par Océane Boisseau

Olivier


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29 July 2013

Pesticides : les villes rendent l’eau potable

Les cours d'eau français sont presque tous contaminés par les pesticides, révèle un rapport récent. Les nappes phréatiques n'échappent pas au phénomène. Les villes peuvent-elles réagir ? Exemple dans la Vienne.

« La contamination des cours d’eau en pesticides est quasi généralisée en France. Seuls 7% des points en sont exempts. » L’étude, rendue publique par le Commissariat général au développement durable (CGDD) ce mercredi 24 juillet, pose également la question de la qualité des eaux souterraines. Certes moins affectées, leur contamination est toutefois très sérieuse puisque ces eaux sont destinées à la consommation.

Chauvigny, petite commune de la Vienne, a dû faire face à une contamination aux pesticides de l’eau des forages destinée à la consommation en mai dernier. Des mesures ont été prises en urgence, dès l’évaluation des dégâts. « L’eau est probablement l’élément faisant l’objet de normes les plus strictes, les contrôles sont donc très fréquents », souligne Carole Lacave, chargée de communication pour la délégation Veolia environnement dans le sud-ouest.




De l’anti-limaces dans l’eau

Et en effet : la qualité de l’eau est encadrée par la Directive européenne sur les eaux de boisson de 1998. Les contrôles reviennent aux services de l’Etat, l’Agence régionale de santé (ARS), et la surveillance à l’exploitant, bien souvent Veolia.

Dans le cas de Chauvigny, les deux forages de la commune font chacun l’objet d’analyse annuelle, « très complètes avec environ 130 paramètres pris en compte tels que les métaux lourds, les pesticides et les bactéries », explique Jean-Claude Parnaudeau, ingénieur d’études sanitaires à l’ARS. Ensuite, la station de traitement est inspectée une fois par an selon 23 critères et deux fois par an pour les pesticides, toujours selon l’ingénieur de l’ARS. De son côté, « Veolia contrôle en continu avec un logiciel disposant d’un dispositif d’alerte automatique », ajoute Carole Lacave. Mais c’est l’ARS qui, en octobre dernier, avait déjà constaté la présence de pesticides.

Même chose plus récemment : les prélèvements de l’ARS ont permis la découverte de pesticides dans l’eau. Ainsi, le 27 mai, un contrôle sur les deux forages permettant l’approvisionnement de la commune en eau potable révèle un taux de pesticides dépassant les normes autorisées : « 2,3 microgrammes par litre de métolachlore et 0,14 microgramme par litre de métaldéhyde : des herbicides et des anti-limaces », explique Jean-Claude Parnaudeau. « En sachant que la norme qualité est respectivement de 0,1 et 0,5 microgramme par litre, l’eau était, selon nos critères, impropre à la consommation », ajoute-t-il. « Déjà en 2009 et 2011, des traces de pesticides avaient été détectées sur l’un des deux forages mais jamais sur l’autre. Avoir deux sources d’approvisionnement contaminées, c’est rare, heureusement. »


Comment traiter rapidement le problème ?

Dans ces cas-là, que faire ? Couper l’eau ? Avant d’en arriver à ce type de mesure radicale, les communes ont la possibilité de déployer d’autres stratagèmes. Chez la voisine de Poitiers, les experts de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) ont décrété qu’un dépassement du taux réglementaire sur une faible durée était admis, tout en respectant le principe de précaution : les femmes enceintes et les enfants doivent boire à la bouteille.
Une fois la population informée, la mairie et Veolia eau ont décidé d’installer une unité de traitement des pesticides, temporaire. Chose faite, le 8 juillet : « Le dispositif était avant cela sur une autre commune », selon l’adjoint au maire chargé de l’environnement.

Coût : 50 000 euros pour un an. Pierre Claval, directeur du centre régional de Veolia, explique : « On installe le module dans l’usine de traitement, avant le réseau de distribution. Après avoir détecté les pesticides et leur quantité, on choisit le charbon le plus efficace pour l’absorption des pesticides. » A Chauvigny, du charbon actif en grains. « Effet immédiat », conclut-il.

Et en effet, le 19 juillet dernier, de nouvelles analyses ont montré que le problème était résorbé. Même si « on attend d’avoir un vrai recul sur la situation », indique Carole Lacave, de Veolia.
Comment envisager des solutions durables ?

Voilà pour les contaminations temporaires. « Si le problème de contamination de l’eau perdure, il est possible d’envisager des solutions pérennes », précise Pierre Claval. Sauf qu’un dispositif permanent de traitement des pesticides coûte 200 000 euros. Dans la région, 12 stations – dont Poitiers – en sont équipées. La commune de Chauvigny est en train d’étudier la solution.

« La mairie devrait présenter à l’automne un dossier au Conseil départemental de l’environnement des risques sanitaires (Coderst) », précise Jean-Claude Parnaudeau. C’est donc le conseil qui décidera au final de la meilleure solution à envisager : dispositif de traitement permanent ou raccordement à une autre commune.

Mais au fait, pourquoi y a-t-il des pesticides dans les eaux souterraines ?

Tous les interlocuteurs cités plus haut s’accordent sur ce point : les fortes pluies du printemps sont responsables de la pollution. Pour Jean-Claude Parnaudeau, « elles poussent à un usage conséquent des herbicides et anti-limaces par les agriculteurs. De plus, la pluie lessive les produits qui s’infiltrent ensuite dans les sous-sols, d’autant que dans la région il s’agit de calcaire fissuré qui absorbe plus que d’autres roches. » Tout de même, il a remarqué « ces trois dernières années, une apparition fréquente dans les analyses de ces deux pesticides ici incriminés ».

Des pollutions dites diffuses, car on ne peut identifier avec précision leur émetteur. Mais dans cette région où les cultures de maïs et tournesol sont dominantes, on se doute que les herbicides ne sont pas arrivés là par hasard. Un audit a été déposé à la Chambre de l’agriculture. Résultats attendus à l’automne.


L’état des nappes en 2011 en France, selon le CGDD : 

« Dans 29% des nappes françaises, les concentrations totales en pesticides atteignent ou dépassent 0,1 µg/l (microgramme/litre). 38% montrent une contamination faible, avec des concentrations inférieures à 0,1 µg/l, et 22% des nappes sont sans pesticide détecté. Mais 12% des nappes n’ont pas fait l’objet de mesure en 2011. »
A suivre donc...

Paru initialement sur Terra Eco

Cyril

riposteverte.com

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22 July 2013

Les eaux de baignade françaises surveillées à la loupe

Avec les grosses chaleurs, les plages font le plein sur tout le littoral hexagonal. Reste encore à s'assurer de la bonne qualité de l'eau. Plusieurs organismes s'en chargent, certification à la clé. Suivant les différents classements la France est plus ou moins bien notée mais la qualité des eaux y reste satisfaisante. La Bretagne fait tout de même l'objet d'une vigilance particulière en raison des algues vertes.

Comme chaque année, l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) a publié en début de saison estivale son rapport sur la qualité des eaux de baignades en Europe aussi bien pour les plages côtières, qui comptent pour les deux tiers des sites de baignade, que pour les rivières et les lacs. Les résultats sont plutôt gratifiants : 94 % des sites de baignade de l'Union européenne sont conformes aux normes minimales de qualité de l'eau et 78 % d’entre eux répondent aux critères d’excellence. D’autant plus que ces chiffres tendent à s’améliorer d’année en année. En contrepartie, seuls 2 % des sites n’ont pas satisfait le minimum requis.


La France, mauvais élève ?

Au classement européen qui rassemble les 28 Etats membres et la Suisse, la France joue les mauvais élèves. Alors que ses 3 322 sites, eau de mer et eau douce confondus, font d’elle le pays de L’Union européenne qui offre le plus grand nombre de lieux pour se baigner, elle se retrouve en 25ème position. Selon l’AEE, 60 % de ses eaux de baignade sont de qualité excellente, contre une moyenne de 78 % pour l’ensemble des pays évalués. Les sites en eaux côtières estampillés « non conformes aux valeurs recommandées » se concentrent pour la plupart en Bretagne et en Provence Alpes-Côte d’Azur.

« Ces mauvais résultats ne sont qu’apparents » affirme Pacal Kohaut, chef de projet baignade à la Saur, Société d'aménagement Urbain et Rural. Il note des failles dans le mode de classement du rapport européen. Celui-ci se fonde sur les données fournies par chaque Etat, pour les analyses réalisées pendant la saison balnéaire de l’année précédente. Deux types de bactéries sont recherchés : les entérocoques intestinaux et la bactérie Escherichia coli, qui peuvent indiquer la présence d'une pollution principalement due aux déchets d'élevage ou aux eaux usées. « Le point faible de la France est son très grand nombre de sites de baignade. Contrairement à certains pays, qui en recensent très peu et parfois sauvages. En métropole, beaucoup sont situés près des zones urbanisées, et sont soumis à de plus fortes pressions de pollution. » En effet, 80 % de la pollution provient des excréments d’animaux et de la contamination par les eaux usées des réseaux d’eau pluviales qui se jettent dans ces eaux de baignade. Les épisodes de pluie viennent amplifier le phénomène, en lessivant les pollutions terrestres. « Là encore les pays ne sont pas à égalité. Ceux qui bénéficient d'un climat sec sont moins soumis aux problèmes de pollution. Et il faut noter qu’il suffit d’une pollution minime pour dépasser les seuils recommandés par l'AEE. ». Enfin, la France compte également un grand nombre de points de baignade en eaux douce, « plus difficiles à préserver de la pollution et où elle persiste plus longtemps. »


Le contrôle au niveau français

En France, les prélèvements sont réalisés tous les 10 jours pour les Agences régionales de la santé (ARS). Elles les envoient ensuite à des laboratoires agréés par le ministère de la Santé qui délivrent les résultats sous 1 à 3 jours. Le contrôle inclut également une surveillance visuelle destinée à détecter la présence de résidus goudronneux, de verre, de plastique ou d'autres déchets ainsi que de l’apparition de certains micro-organismes.

Les plages bretonnes font d’ailleurs l’objet d’une surveillance rapprochée pour le développement des algues vertes, qui handicape lourdement le tourisme local. Résultat de l’apport en nitrates issus de l’élevage intensif (ce qui vaut d’ailleurs à la France d’être condamnée par la Cour de justice de l’Union européenne, elles parent les côtes d’un duvet vert qui dégage du sulfure d’hydrogène  (H2S) lorsqu'il se décompose, un gaz toxique et irritant pour les voies respiratoires. « L’ARS Bretagne intervient dans la mesure d’H2S présents dans l’atmosphère et s'occupe de communiquer les informations au public. explique Murielle Perez, ingénieure d’études sanitaire de l’Agence régionale de santé Bretagne. Il revient ensuite aux municipalités de fermer la baignade et d’organiser le ramassage. »


Label « Démarche qualité des eaux de baignade »

Dès 2014, les Etats membres de l’UE vont devoir se conformer à une directive européenne plus stricte avec pour objectif que toutes les plages affichent une qualité « au moins suffisante » à l’horizon 2015. La France a d’ailleurs créé en 2009 le label « Démarche qualité eaux de baignade » afin de valoriser les sites qui anticipent ce changement en mettant en place un système de surveillance quotidien des sources de pollution et de la qualité de l’eau et informent en temps réel  le public. Selon Pascal Kohaut : « C’est à ce jour le seul véritable moyen de connaître la qualité des eaux, puisque les données sont fournies le jour même, grâce à des techniques d’analyses rapides. Si une pollution est décelée, la municipalité et les citoyens sont informés dans la journée. » Seules 150 collectivités ont à ce jour reçu cette certification. L’outil est encore récent et demande du temps à se mettre en place.

Enfin, un autre label, beaucoup plus connu du grand public, « Pavillon bleu » vient orner 382 sites de baignades, répartis sur 144 communes françaises. Mais ce label ne concerne pas uniquement la qualité des eaux (basés sur les mêmes critères que ceux de l’agence européenne de l’environnement) : il est enrichi de plusieurs autres concernant les aménagements du site concerné, pour les plages et ports de plaisance.

Oriane Dioux pour Novethic

(1)   Le 13 juin 2013 la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a rendu un arrêt condamnant à nouveau la France pour non-respect de la directive nitrates. la Cour constate « le manquement de la France, dans la mesure où elle n'a pas pris les mesures nécessaires permettant de respecter toutes les obligations découlant de la directive »  datant de 1991 qui vise à « protéger la qualité de l'eau dans toute l'Europe en empêchant que les nitrates utilisés dans l'agriculture ne polluent les eaux souterraines et de surface et en favorisant le recours aux bonnes pratiques agricoles »

Patrice


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15 July 2013

Poisson : à quelle enseigne se fier ?

L’association BLOOM a publié le 5 Juin 2013 son classement des supermarchés français, évalués selon le sérieux des démarches entreprises pour assurer à leurs acheteurs un poisson issu de pêches durables et respectueuses des écosystèmes marins.

BLOOM a évalué la politique générale présidant aux achats de poissons des six principaux groupes de distribution alimentaire (Auchan, Carrefour, Casino, E. Leclerc, Intermarché et Système U) ainsi que leur approvisionnement spécifique en poissons profonds, issus de pêches particulièrement destructrices et non durables. Relevés de terrain, questionnaires et entretiens ont complété la revue exhaustive par BLOOM de la documentation publiquement accessible.


Encore beaucoup de progrès à faire en matière d’achats de poissons durables

La conclusion de cette enquête menée sur cinq mois est qu’aucune enseigne ne satisfait entièrement les critères d’évaluation de BLOOM. Cependant, sur une échelle optimale de 100, certaines enseignes s’approchent quasiment aux trois quarts du score, tandis que d’autres ne dépassent pas la barre des 10%.

Casino arrive ainsi en tête du classement (68%), suivi de près par Carrefour (61%) puis Système U (52%), tandis qu’Auchan (26%) et E. Leclerc (19%) affichent un score faible et qu’Intermarché obtient un score quasi nul (6%) en ne satisfaisant qu’un critère sur les 23 retenus.

« Il existe des degrés d’engagement très variables des marques en matière d’achats de poissons durables » commente Victoire Guillonneau, principale auteure de l’étude.
« Cela place les enseignes à des extrêmes opposés du spectre des bonnes pratiques environnementales. Il nous a semblé important de quantifier ces hiatus et d’alerter les consommateurs soucieux de ne pas encourager, par le biais de leurs achats, l’épuisement inexorable des ressources marines et la destruction des milieux océaniques les plus vulnérables ».


Un moyen fiable et simple qui aide les consommateurs à faire le meilleur choix

Alors que la critique est souvent faite aux guides d’achat de poissons édités par les ONG d’être compliqués à utiliser, le barème établi par BLOOM  donne aux Français un moyen simple de savoir quel supermarché privilégier pour acheter du poisson pêché dans le respect des normes environnementales.

« La relation de vendeur à acheteur induit un rapport de confiance, particulièrement en ces périodes troubles en matière de production industrielle des aliments. La responsabilité incombe aux enseignes d’assurer à leurs clients qu’elles ont fait le travail à leur place et qu’ils peuvent acheter leur nourriture l’esprit plus ou moins tranquille. Avec notre classement, c’est très simple : quand vous avez le choix entre plusieurs enseignes, il faut sans hésiter privilégier Casino ou Carrefour à Intermarché ou Leclerc » s’exclame une autre contributrice essentielle de l’étude de BLOOM, qui insiste sur la totale indépendance financière de l’association vis-à-vis de tous les acteurs de la grande distribution.


Des méthodes d’approvisionnement destructrices toujours utilisées

« Alors que les trois quarts du poisson frais en France est acheté en grandes et moyennes surfaces, il est un peu effrayant de voir que la moitié des enseignes que nous avons évaluées ont des politiques d’approvisionnement faibles ou carrément inexistantes » renchérit Victoire Guillonneau qui rappelle qu’environ 87% des stocks de poissons dans le monde sont aujourd’hui surexploités ou pleinement exploités (FAO 2012)1.

Un certain nombre de ces stocks sont pêchés à l’aide de méthodes destructrices, la plus brutale d’entre elles étant le chalutage de fond déployé dans les eaux très profondes de l’océan (jusqu’à près de 2000 mètres de profondeur), qui dévaste des écosystèmes constitués de coraux millénaires et de créatures souvent centenaires, sortes d’éléphants des océans.

Pour cette raison, BLOOM a porté une attention particulière à l’approvisionnement en espèces profondes des groupes. Là encore, Casino et Carrefour arrivent en tête grâce aux mesures qu’ils ont prises vis-à-vis de certaines espèces profondes particulièrement vulnérables comme la lingue bleue. Toutefois, la fondatrice de BLOOM se dit « déçue » par des mesures qu’elle juge « largement insuffisantes et inadaptées à l’urgence de la situation des océans profonds », impactés de façon sans doute irréversibles par les navires de pêche industrielle.

Intermarché, qui possède la plus grande flotte de chalutiers profonds industriels de France, est l’acteur de la grande distribution le moins éco-responsable et se situe de façon non surprenante en queue du classement. Pourtant, la note attribuée à Intermarché ne prend pas en compte le fait que le groupement des Mousquetaires possède des navires engagés dans la méthode de pêche décrite par les chercheurs comme la plus destructrice de l’histoire.



Des mesures juridiques pour lutter contre les pratiques les plus déviantes

L’étude de BLOOM révèle aussi que les marques les plus engagées dans la mise en œuvre de politiques respectueuses de l’environnement, Casino, Carrefour et Système U, communiquent très peu sur leur démarche, à l’inverse d’Intermarché, qui matraque les Français avec une opération publicitaire nationale destinée à « noyer le poisson » sur ses pratiques de pêche destructives et… à prendre des parts de marché à la concurrence.

D’ici peu, une grande partie de la flotte d’Intermarché pourrait être interdite d’exercer car, en raison de son impact écologique disproportionné et de son modèle économique chroniquement déficitaire malgré d’importantes subventions publiques, la Commission européenne a proposé d’interdire le chalutage profond en Europe. La question est actuellement en cours de négociation à Bruxelles.

Initialement paru sur Greenetvert.com

Emmanuelle

riposteverte.com

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8 July 2013

Bâtiment : comment réduire l'incidence environnementale ?

La Commission européenne recueille les avis des citoyens, des entreprises, des ONG et des autorités publiques sur la manière de réduire l'incidence des bâtiments sur l'environnement et d'utiliser plus efficacement les ressources (donc l'eau).

Les participants sont invités à s'exprimer sur les problématiques du secteur : rendre les bâtiments plus durables, créer des débouchés écologiques pour les entreprises, stimuler la demande, utiliser plus efficacement les matériaux, mesurer la performance environnementale des bâtiments via l'instauration de critères communs, l'accès aux données… Ces avis devront tenir compte des différents impacts environnementaux de ce secteur en terme, par exemple, de consommation d'eau ou de production de déchets.

Certaines des idées recueillies pourront être présentées dans une future communication sur les bâtiments durables.

Cette consultation, qui prendra fin le 1er octobre 2013, est accessible sur le site suivant :

Morgan Brisac pour actu-environnement

Attention : la consultation est en anglais !

Olivier


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