26 August 2013

Développer les ports en protégeant la biodiversité : équation insoluble ?

A l'heure où le ministre des transports entend mettre en œuvre la stratégie de relance portuaire afin d'accentuer la "compétitivité" des ports français dans le commerce international, comment protéger la biodiversité des littoraux ?

Le porte-conteneur est l'emblème de la mondialisation des marchandises, et les grands ports de la planète rivalisent pour capter le trafic. Dans ce contexte de mobilité et d'interdépendance, la France est la cinquième puissance portuaire européenne, avec plus de 360 millions de tonnes de fret et 30 millions de passagers. Son espace maritime est le deuxième au monde, derrière celui des États-Unis, avec 11 millions de km2. Le foncier des grands ports maritimes français est estimé à 35.000 hectares avec Marseille et Le Havre placés aux cinquième et sixième rangs européens en volume total de marchandises traitées. L'ensemble de l'activité maritime (flotte, ports, pêche, industrie navale, État, recherche, etc.), en dehors du tourisme littoral, génère plus de 300.000 emplois directs dans les bassins locaux.

Pour renforcer leurs atouts face à la concurrence, les ports français cherchent à devenir des "architectes" de solutions logistiques maritimes et terrestres, sur un arrière-pays projeté à l'échelle européenne. Ils entendent devenir des acteurs de la mise en place de chaînes de transports et se veulent investis d'un nouveau rôle fondé sur une approche intégrée d'aménageur et de gestionnaire de leurs espaces dans toutes leurs composantes : industrialo-portuaires, naturelles, urbaines, en liaison avec les territoires sur lesquels ils s'adossent. Les cités portuaires ont aussi des responsabilités spécifiques vis-à-vis de leurs espaces naturels, et cherchent à les intégrer dans leur stratégie d'aménagement.



Conserver les habitats

Certaines villes portuaires élaborent ainsi des outils d'aménagement du territoire pour identifier des corridors écologiques et des nœuds de biodiversité (trames vertes et bleues), faciliter l'interaction entre la ville et le port et traduire les objectifs du port en matière de développement durable avant de les décliner dans des actions concrètes, à l'image des schémas réalisés à Dunkerque, à Marseille et conjointement par Le Havre et Rouen, afin de gérer sur le long terme les espaces naturels. Sur le port de Dunkerque, des mesures de protection foncière et de conservation des habitats dunaires ont été entreprises, ainsi que des mesures conservatoires des zones humides.

C'est ainsi que le port de Dunkerque s'engage à conserver et gérer 1.290 hectares d'espaces dédiés à la conservation de la biodiversité dans le cadre de son programme d'aménagement à long terme. Cela représente 43% des 3.000 hectares de surface restant disponibles aux aménagements et un engagement financier de 9,7 millions d'euros étalé sur 30 ans.

Deux principaux axes ont été définis : d'une part, conserver les milieux naturels, d'autre part, restaurer et développer la diversité des espèces. Des noyaux de biodiversité seront répartis sur le territoire, soit en raison de leur biodiversité élevée à conserver, soit parce qu'ils sont dégradés et ont vocation à être recréés. Exemples : la conservation des habitats des sternes et des amphibiens, la recréation de dépressions humides dunaires, la renaturation de digues, ou bien des mesures agro-environnementales visant à remplacer des zones d'agriculture intensive par des pâturages et des espaces naturels. Le point de départ de ces orientations a été le lancement d'un inventaire du patrimoine naturel depuis mars 2011, dans le cadre du Schéma directeur du patrimoine naturel (SDPN), qui a vocation à constituer la trame de référence des réseaux biologiques régionaux du Nord-Pas-de-Calais.



Anticiper plutôt que compenser

Dunkerque-Port est allé jusqu'à calculer la valeur de la conservation des écosystèmes à travers un indice d'intérêt écologique global. Le territoire a été découpé en unités homogènes auxquelles ont été affectées des notes pour différents facteurs écologiques : habitats naturels, flore, faune, présence d'espèces protégées. Cet indice global cherche à traduire en une seule valeur la qualité écologique des espaces portuaires. Il permet de cartographier les zones portuaires à fort coefficient écologique, faisant ainsi apparaître des zones contrastées, comme les bassins et les avants-ports, qui jouent un rôle de réserve pour les poissons et de refuge pour les oiseaux, au milieu d'un environnement fortement artificialisé. L'objectif est de rapporter cet indice de biodiversité aux aménagements prévus, qui permettra d'estimer l'emprise des espaces conservés et potentiellement détruits.

Pour Syvain Pioch, les villes portuaires pourraient avoir pour mission d'aménager et de "gérer" l'environnement. "Un nouveau modèle est à développer", a souligné ce maître de conférence à l'Université Montpellier 3, lors d'un débat sur la biodiversité dans les ports, organisé à Dunkerque par l'organisme de formation Ideal Connaissances le 28 mai : développer l'éco-conception maritime en anticipant les effets des infrastructures, et en les intégrant aux écosystèmes, par exemple en préservant les nourriceries côtières de poissons juvéniles.

Car estimer le coût d'une compensation reste délicat, mieux vaut développer des infrastructures éco-conçues, selon Sylvain Pioch, qui souligne qu'il existe dans le monde pas moins d'une quarantaine de méthode d'estimation de la "valeur" écologique d'un territoire. Quant à la compensation d'espèces ou de fonctions écologiques, elle suppose, outre la monétarisation de la nature ainsi réduite à un flux de services, que les ressources et les espèces soient réversibles et substituables, et que les services écosystémiques soient infiniment renouvelables. Si un bar pêché en Atlantique a pour valeur 25€ le kilogramme, payer la compensation de sa perte n'aura une répercussion que relative sur le milieu naturel.

Article d'Agnès Sinaï pour Actu-environnement

Natacha

Association Riposte Verte

-

19 August 2013

UE : Léger progrès du traitement des eaux urbaines

Le septième rapport sur la mise en oeuvre de la Directive sur les eaux urbaines résiduaires constate une amélioration de la situation européenne par rapport au précédent rapport. De grandes disparités persistent toujours selon les pays.

"Je suis soulagé de constater l'amélioration de la situation", a souligné Janez Potočnik, membre de la Commission européenne chargé de l'environnement, lors de la publication du septième rapport sur la mise en oeuvre de la Directive sur les eaux urbaines résiduaires (DERU). Ce dernier montre que 91% des grandes villes de l'Union européenne ont mis en oeuvre un traitement de leurs eaux usées conforme à la réglementation européenne pour la période 2009-2010 contre 77% en 2007-2008.
Toutefois 16 capitales sur 27 n'ont toujours pas mis en place un système adéquat de collecte et de traitement.

Concernant la collecte, 94% des Etats membres semblent être dans les règles, selon la Commission.
En Bulgarie, Slovénie, Estonie, Lettonie et à Chypre, les taux de conformité restent toutefois inférieurs à 30%.

Dans l'UE-15, les traitements biologiques secondaires des eaux usées correspondent aux demandes de la Directive à 90-100% selon les pays. En revanche, dans l'UE-12, le taux de conformité plafonne à 39% en moyenne.

77% des Etats-membres s'efforcent de lutter contre l'eutrophisation et les bactéries pathogènes pour l'homme suivant les normes européennes. L'Autriche, l'Allemagne, la Grèce et la Finlande font figure de bons élèves avec des taux de conformité de 100%. En revanche l'UE-12 présente un taux de conformité assez faible (14%).

Au final cependant, la diminution des rejets d'eaux usées non traitées dans l'environnement aurait permis, selon le rapport d'améliorer la qualité des eaux de baignade.



Une aide européenne de 9,7 milliards d'euros en 2010

Le Fonds de cohésion et le Fonds européen de développement régional aide financièrement la mise en oeuvre de la directive. En 2009, 3,5 milliards d'euros ont été alloués à des projets d'infrastructure de traitement des eaux usées, et 9,7 milliards d'euros en 2010. Les principaux bénéficiaires sont la Pologne (3,3 Md€), la Roumanie (1,2 Md€), et la Hongrie (600 Md€).

"Les taux de conformité étaient plus élevés dès lors que les coûts étaient récupérés et que le principe du pollueur-payeur avait été mis en oeuvre", note le rapport.

Des délais ont été accordés aux États membres de l'UE-12 jusqu'en 2018. Des procédures d'infraction à l'encontre de dix États membres sont toujours en cours.

Selon la Commission, les taux de conformité de la France à la Directive seraient de 96% pour la collecte, 84% pour le traitement biologique des eaux usées et 87% pour les mesures complémentaires.

Sur le terrain, la France ne se distingue toutefois pas en la matière : sous la menace d'une astreinte de 150 millions d'euros pour la non conformité de ses stations, elle a initié un plan d'action national. En 2011, Nathalie Kosciusko-Morizet avait situé l'achèvement des travaux de mise aux normes pour les cinq dernières step fin 2013. Ce délai pourrait être tenu, selon l'actuel gouvernement.


Une révision contestée

Dernièrement, la France a révisé son système de contrôle de la collecte des eaux usées et des step (révision de l'arrêté du 22 juin 2007), toujours dans l'optique de répondre aux demandes européennes. Les modifications apportées ne font cependant pas l'unanimité. En cause notamment, la définition du débit de référence.

"En maintenant ce critère, dans quelques années, malgré de gros investissements pour respecter la DERU, la Commission pourrait attaquer la France pour non-respect de la Directive cadre sur l'eau", avait mis en garde Bernard Chocat, professeur émérite de l'Insa de Lyon, lors de la journée d'échange du 21 mars du groupe de recherche Rhône-Alpes sur les infrastructures et l'eau (Graie).

Le projet d'arrêté aurait dû entrer en vigueur début juillet. L'absence de consensus à l'issue de la consultation publique (qui s'est terminée le 14 juin)  a reporté sa mise en application et ouvert de nouveaux travaux.

Article de Dorothée Laperche pour Actu-Environnement

Association Riposte Verte

-

12 August 2013

Comment marche la production d’eau chaude sanitaire ?

Production d'eau chaude

L’eau chaude qui alimente les équipements sanitaires et les éviers est un élément important du confort. Les installations de production d’eau chaude sanitaire (ECS) doivent assurer une fourniture suffisante d’eau à une température adaptée malgré des puisages intermittents ou ponctuels importants dus à plusieurs utilisations simultanées. Des systèmes à accumulation permettent de chauffer l’eau aux heures creuses, généralement la nuit en raison du moindre coût de l’électricité.

Production d’eau chaude

Trois modes de production d’eau chaude sont distingués :
- la production instantanée (a) qui réchauffe l’eau à la demande (passage dans un serpentin porté à haute température) ;
- la production par accumulation où le chauffage de l’eau est assuré indépendamment du puisage (b). Le temps de chauffage aux heures creuses durant lesquelles l’électricité coûte moins cher est généralement long (4 à 6 h) ;
- la production par semi-accumulation qui met en oeuvre un réservoir tampon constituant une réserve d’eau chaude, alimenté par le système de chauffe dès que la température de l’eau baisse lors du puisage.

Un système de production d’eau chaude sanitaire peut utiliser le gaz, le fuel ou l’électricité. Il peut être également couplé à un chauffage central.


a) Chauffe-eau instantané à gaz



b) Ballon électrique à accumulation

Bloc de sécurité

Le bloc de sécurité (a), installé sur l’alimentation en eau froide d’un ballon électrique, assure quatre rôles :
- il protège le ballon contre les excès de pression en cas de surchauffe accidentelle grâce à une soupape de sécurité réglée à 7 bars (b) ;
- il isole le ballon électrique du circuit d’alimentation en eau froide au moyen d’un robinet d’arrêt intégré ;
- il évite le retour de l’eau chaude dans le circuit d’alimentation en eau froide au moyen d’un clapet antiretour dès que la pression dans le ballon devient supérieure à celle du circuit d’alimentation en eau froide ;
- il permet la vidange du ballon au moyen d’une soupape de sûreté qui peut être actionnée manuellement.


a) Bloc de sécurité



b) Détail du système de sécurité

Raccordement d’un ballon électrique à accumulation 

Le raccordement hydraulique d’un ballon électrique à accumulation est assuré par :
- une canalisation d’arrivée d’eau froide sur laquelle est placé un groupe de sécurité ;
- une canalisation d’évacuation des eaux usées raccordée au groupe de sécurité ;
- une canalisation de départ d’eau chaude vers l’installation sanitaire.
Le circuit d’alimentation électrique doit comporter un dispositif de mise sous tension en heures
creuses, être protégé par un disjoncteur différentiel de 30 mA et un coupe-circuit fusible ou un disjoncteur modulaire adapté.


Schéma de raccordement

Chauffe-eau solaire

Un équipement de chauffe-eau solaire comprend des capteurs solaires, inclinés entre 30 et 60 ° et orientés au sud (a). Ce système est constitué d’un coffre rigide et vitré dans lequel une plaque et des tubes métalliques noirs absorbent le rayonnement solaire pour chauffer un liquide caloporteur.
Ces tubes peuvent être disposés en serpentin ou en grille (b). L’équipement fournit de l’eau chaude par le biais d’un ballon de stockage et d’un chauffe-eau d’appoint (électrique ou au gaz) (c). Un système combiné produit à la fois l’eau chaude sanitaire et l’eau chaude pour le chauffage (d).


a) Capteur solaire plan à circulation de liquide


b) Tubes absorbeurs


c) Chauffe-eau solaire



d) Système solaire combiné

Cette technique est extraite de l’ouvrage " La Construction : comment ça marche ? " de U. Bouteveille, édité aux Éditions du Moniteur. Vous pouvez vous le procurez en cliquant  ici

Article paru sur LeMoniteur.fr

Patrice

Association Riposte Verte

-

5 August 2013

UE : Produire des biocarburants à partir des eaux usées

Après les reproches environnementaux entraînés par l’utilisation de biocarburant à base de culture alimentaire, l’Europe soutient l’utilisation d’une nouvelle génération d’agrocarburant : les algues. En conséquence, un récent projet espagnol, All-Gas, utilise un système d’eaux usées afin d’obtenir un biocarburant à base d’algues. Le projet All-Gas est le premier du genre à être porté à une aussi grande échelle de production. L’avenir du biocarburant est-il réellement dans les eaux usées 

Installé depuis 2011 dans une grande usine de 200 m² dans le sud de l'Espagne, le projet All-Gas consiste à transformer les eaux usées en biocarburant.

Comment marche le biocarburant ? 

Le principe est plutôt simple : les responsables ont utilisé une technique naturelle d’épuration des eaux : le lagunage. C'est-à-dire que les micro-algues se développent par photosynthèse (par addition de lumière naturelle et de nutriments) dans de grands bassins d’épuration.
Comme l’explique au Monde Frank Rogalla, responsable du programme, pour obtenir une eau naturelle purifiée, il ne reste plus qu’à ajouter du dioxyde de carbone qui, au contact des algues, va se transformer en oxygène et aider à la prolifération de bactéries qui dégraderont la matière organique.
Les micro-algues - ainsi qu’une faible quantité de matière organique - subissent ensuite une revalorisation énergétique avant d’être récoltées puis transférées dans des digesteurs dans lesquels elles produiront du biogaz composé surtout de méthane.

Une nouvelle génération de biocarburants à base d’algues
Actuellement, les agrocarburants utilisés proviennent de récoltes de colza, de soja, de maïs, de palmiers à huile, et ils comportent quelques inconvénients. D’une part, ils nécessitent beaucoup d’espace et sont, par conséquent, en concurrence directe avec les terres destinées aux cultures vivrières. De l’autre, leur bilan carbone n’est pas en leur faveur (augmentation du gaz à effet de serre, pollution de l’air, déforestation…).

Ces raisons font que la Commission européenne soutient la production d’algues en tant que nouvelle génération de biocarburant, la première étant nocive pour l’alimentation.

Et bien que la troisième génération d’agrocarburant (ceux à base d’algues) ait besoin de beaucoup d’énergie pour son développement (brassage, récolte et revalorisation), le projet All-Gas génère quelques gains d’énergie. En effet, le méthane produit est plus simple à extraire, contrairement à d’autres biogazs (biodiesel, bioethanol). Pour finir, le système de lagunage par les eaux usées d’All-Gas nécessite un faible espace et permet de traiter près de la moitié des eaux usées de Chiclana de la Frontara, la ville qui accueille l’usine. Ce qui a pour conséquence d’amortir le coût de production du biocarburant.

Car en effet, si les micro-algues sont plus simples à produire, elles ne semblent pas rentables pour autant. Comme le rapporte Le Monde, une PME française, Naskeo Environnment, avait déjà tenté l’expérience de produire du méthane à partir de micro-algues et d’eaux usées. Résultat : une tonne d’algues coûterait entre 60 et 90 euros, ce qui est quatre fois plus cher que le maïs.


Un projet viable d’ici 2020 ?

Si le projet date de 2011, ses premiers résultats viennent tout juste de voir le jour, et les responsables restent confiants malgré les six kilos d’algues récoltés par jour. Ils ont bon espoir de produire 100 tonnes d’algues par hectares d’ici 2016, ce qui permettrait de produire près de 450 tonnes de méthane par an. Et même si encore aujourd’hui quelque soucis de productivité subsistent, le projet à grande échelle devrait voir le jour d’ici 2020.

Afin d’encourager l’usage de cette nouvelle génération d’agrocarburant, l’Europe a entrepris des mesures politiques en juillet dernier, en plus du soutien financier de 60 % qu’elle a apporté au projet All Gas (soit 12 millions d’euros). D’une part, l’utilisation des agrocarburants de nature agroalimentaire (blé, colza, maïs…) dans les transports est plafonnée à 5,5 % jusqu’en 2020. À l’inverse, la Commission Environnement du Parlement Européen promeut les agrocarburants à base d’algues en fixant un objectif de 2 %.

Publié sur Pratique.fr par Océane Boisseau

Olivier


-